Élections en Pays Basque nord : la bataille de Bayonne, les défis des abertzale et la fragmentation de la gauche
Image de la Mairie d'Hendaye. Photo : EITB Media
De Hendaye à Mauléon et de Bayonne à Garazi, de nombreuses inconnues doivent être élucidées dès ce dimanche aux élections municipales du Pays Basque nord. Les Voix des Communes, comme d'habitude, seront décidées selon le système de deux tours : le premier le 15 mars et le second le 22. Bien qu'une seule liste ait été présentée dans la plupart des communes, il y aura plusieurs points d'attention à prendre en compte.
Sur la côte labourdine, on s'attend à une lutte acharnée tant à Bayonne qu'à Biarritz. Sans aller très loin, du Sud Labourd à l'intérieur, EH Bai souhaite confirmer les excellents résultats obtenus lors des dernières élections, en 2020. Reste aussi à voir dans quelle mesure le PNV peut faire prévaloir ses choix dans neuf communes qu'il vise.
En ce qui concerne la rivalité entre la droite et la gauche, la gauche sera une fois de plus divisée et la droite pourra être renforcée. La menace de l'extrême droite la rend plus vulnérable aux élections municipales, mais elle a fait preuve d'une grande force aux élections européennes et présidentielles, ainsi qu'au Nord, et sera un autre centre d'attention à suivre.
160 maires
La Communauté d'agglomération Pays Basque, qui regroupe les communes du Pays Basque, comprend 158 communes. Cependant, il existe deux autres communes qui entrent régulièrement au Pays Basque Nord : Eskiula et Jeztaze, toutes deux en Soule et toutes deux entièrement bascophones en langue basque. Il fautdonc choisir 160 maires.
Bien qu'il s'agisse d'élections à deux tours, dans la plupart des municipalités, à 90 %, il sera décidé au premier tour qui sera le maire et qui sera le conseiller des communes. En effet, dans la plupart des communes, il n'y aura qu'une seule candidature (c'est le cas de 116 communes) ou deux (30 communes) et il suffira d'atteindre les limites minimales. Il est possible que ce soit un second tour dans une quinzaine de communes.
D'autre part, une nouvelle législation sera en vigueur lors des rendez-vous des deux prochains dimanches. Jusqu'à présent, il était obligatoire de présenter des listes paritaires dans les communes de plus de 1 000 habitants. Mais lors de ces élections,les petites communes devront également remplir cette condition, c'est-à-dire avoir le même nombre de femmes et d'hommes sur les listes.
La mesure a eu un impact important sur le Pays Basque nord : 115 communes comptent moins de 1 000 habitants, soit plus de 70 % des communes du Pays Basque nord.
Bayonne, Anglet et Biarritz
Bayonne, Anglet et Biarritz constituent la zone la plus peuplée du Pays Basque nord. Dans ces trois communes vivent environ 122 000 personnes et au Pays Basque nord environ 310 000 personnes. C'est-à-dire que 40 % des habitants de Labourd, Basse-Navarre et Soule vivent dans ces trois communes.
Une lutte acharnée est prévue à Bayonne (53 000 habitants). Le centriste Etchegaray sera confronté à quatre autres listes, dont le socialiste Etcheto ou l'abertzale de gauche Iriart. L'extrême droite se présentera également à Bayonne. Etchegaray est maire depuis 2014 et souhaite prolonger son mandat de six ans. Il n'a cependant pas précisé s'il se présentera à la présidence de la Communauté d'agglomération Pays Basque s'il renouvelle sa mairie.
De son côté, à Biarritz (26 000 habitants), la maire Maider Arosteguy aura devant elle cinq autres candidats, dont l'historique joueur de rugby Serge Blanco. Arosteguy est candidat à Les Républicains et sa liste sera soutenue, entre autres, par le PNV, après avoir accueilli plusieurs jeltzales.
Enfin, à Anglet (42 000 habitants), le maire républicain Claude Olive est le grand favori. Il aura devant lui la liste de gauche Anglet Ensemble, dirigée par l'écologiste Mahaut Fanchini, et Hemen Angelu, dirigée par Eñaut Alfaro. Ce dernier est soutenu par EH Bai et est "de gauche, basque, écologiste et féministe".
Les objectifs des abertzale
EH Bai est la principale référence des indépendantistes de gauche au Pays Basque Nord. Ils ont obtenu les meilleurs résultats de leur histoire lors des élections municipales de 2020, ce qui leur a permis d'obtenir des mairies telles que Ziburu, Urruña, Uztaritze ou Itsasu, entre autres. Ils ont également été présents dans les gouvernements municipaux de plusieurs autres communes, après avoir soutenu les listes qui y ont prévalu.
Un an plus tard, EH Bai devient la deuxième force aux élections départementales, après la plate-forme Force 64 qui unit la droite. Enfin, en juillet 2024, EH Bai envoie pour la première fois un indépendantiste de gauche à l'Assemblée Nationale de Paris, au sein du Nouveau Front Populaire. Ainsi, Peio Dufau prend le relais de Mixel Labegerie abertzale, député dans les années 60.
EH Bai a connu de bons moments ces dernières années et il reste à voir s'il sera en mesure de maintenir cette série le dimanche.
Parmiles communes qui présenteront leurs propres candidats figure Cambo , où le président de l'Ipar Buru Batzar, Peio Etxeleku, sera candidat au poste de maire.
A Saint-Jean-Pied-de-Port, la situation est plus confuse. Laurent Inchauspé, maire de ces dernières années, a rejoint le PNV en 2024. Le PNV a célébré qu'une autre capitale du Pays Basque ait le poste de maire jeltzale. Des sources du parti ont indiqué qu'Inchauspé n'a pas renouvelé son pari d'appartenance au parti et que le PNV n'aura pas de maire propre dans la capitale de Nafarroa Beherea.
D'autre part, les jeltzales ont inscrit leurs camarades de parti sur la liste de Maider Arosteguy, à Biarritz, ou sur la candidature de Jean-François Irigoyen, à Saint-Jean-de-Luz. Par conséquent, le PNV soutiendra ces républicains qui ont été maires ces dernières années.
A Bayonne, les jeltzales n'ont pas soutenu la liste d'Etchegaray et il faudra attendre pour voir qui ils soutiennent au second tour.
Logement et tourisme
Les politiques du logement et la gestion du tourisme seront un thème crucial de ces élections municipales. Comme de l'autre côté de la Bidasoa, les prix de l'immobilier augmentent en Iparralde. Le logement est devenu un problème majeur.
Au Labourd, en particulier sur la côte, mais pas seulement, on perçoit une pression énorme : les résidences secondaires se multiplient, les locations touristiques se multiplient, l'influence de la population qui prend sa retraite sur la côte devient de plus en plus visible... En même temps, de plus en plus de gens voient le tourisme proche de la saturation. On parle de saturation, et même autour de ce thème les partis commencent à bouger.
Les questions locales ont également joué un rôle important dans la campagne électorale (à Biarritz, le projet de la région d'Aguilera ; à Bayonne, les problèmes de mobilité...), dans certains endroits, le débat sur la sécurité a pris de l'ampleur et on a parlé à la fois du présent et de l'avenir de la langue basque.
Clef de voûte pour la constitution de la collectivité
Les élections municipales sont la clé de la représentation de la Communauté d'agglomération Pays Basque. Créée il y a neuf ans, c'est une institution propre qui regroupe les communes du Pays Basque et dont la représentation, 232 sièges, est élue lors de ces élections.
La plupart des petites communes, 143, ont un représentant, mais les 14 communes de plus de 5 000 habitants ont un minimum de deux et un maximum de 22 représentants. Ainsi, Cambo ou Ciboure ont deux représentants, Hendaye 7 et Bayonne 22.
Depuis la création de la Communauté d'agglomération, le maire de Bayonne Etchegaray a été le président de l'EHE. Bien qu'au niveau symbolique et que l'institution ait des compétences limitées, il a été en quelque sorte le "président" du Pays Basque. Il faudra voir si les votes des communes lui permettent de se présenter à nouveau.
A côté de cela, le débat sur les compétences de la Communautéest sur la table. Beaucoup pensent qu'il faut aller plus loin et partir dans une nouvelle institution. Ils demandent une Collectivité Territoriale qui aurait plus de compétences et de ressources. D'autres disent qu'elle en a assez et se concentrent sur la façon dont elle fonctionne. Il y a aussi des gens qui disent qu'elle a trop de compétences. Ce débat est également sur la table ces jours-ci et, en fonction des résultats, la revendication prendra une autre voie.
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